Vu d'ici
trimestriel réalisé par les habitants de Blanc-Mesnil - Seine Saint-Denis (93)
avec le soutien de la Fondation Abbé Pierre et de la maison des Tilleuls

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Quelque chose qui ne meurt pas…

publié le jeudi 19 juin 2008

« Dire : cette vie est un jardin de roses, c’est mentir. Dire : cette vie est un champ de ruines, c’est mentir. Dire : je sais les horreurs de cette vie et je ne me lasserai jamais d’en débusquer les merveilles, c’est faire son travail d’homme…/… », cette pensée de Christian Bobin [1] nous aura guidés tout au long de l’expérience de Vu d’ici. Nous avons cherché à parler de notre vie et de la vie autour de nous dans un processus de construction collective d’un regard et d’une parole libres sur le monde. En dire les horreurs et surtout en débusquer les merveilles, toutes les formes de résistance. Faire un journal comme un point d’ancrage, dans un quartier, un lieu – la maison des Tilleuls –, pour recréer des liens, des échanges, du témoignage et du rêve, un être ensemble. L’expérience aura duré deux ans et elle s’achève. Ou en tous cas, nous la suspendons. Elle nous aura permis de mesurer le niveau d’engagement absolument indispensable à l’élaboration d’un journal qui soit réellement un journal réalisé par les habitants, avec l’accompagnement de professionnels, d’apprendre les uns des autres et les uns avec les autres. Nous arrêtons autant pour des questions d’ordre financier que pour des réflexions d’ordre éthique. Le journal est subventionné par le Conseil Régional d’Ile de France qui ne renouvelle pas son engagement au-delà de deux ans et par la Fondation Abbé Pierre qui attribue globalement des fonds à la maison des Tilleuls. Il nous semble juste de ne pas mobiliser ces fonds ad vitam eternam et de laisser la possibilité à d’autres projets de se réaliser. Or nous n’avons pas trouvé d’autres relais pour poursuivre l’expérience de Vu d’ici. Un journal avant d’être une publication est une dynamique de groupe et de travail qui n’a de sens pour nous que si elle ne s’essouffle pas. Or cet essoufflement, lié aux attaques dont nous avons fait l’objet, à la difficulté de diffusion de Vu d’ici, et à la fragilité des processus d’engagement sur le long terme, nous guette… Nous ne voulons faire un journal ni moins beau ni moins exigeant et préférons laisser Vu d’ici comme quelque chose qui ne meurt pas. Une expérience réalisée par des habitants et qui peut à tout moment renaître pour peu qu’ils en expriment le désir et que ce désir soit entendu par des institutions censées être à leur écoute. Pour cela, nous en garderons le site ouvert et en activité.

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Notes

[1] Bobin-Boubat, Donne-moi quelque chose qui ne meurt pas, Gallimard, 1996.

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